Patrimoine

Ar Seiz Breur ha an droellen

Dans les grands courants artistiques bretons, le mouvement des Seiz Breur est assez atypique. Lancée en 1923 par l’association de la graveuse Jeanne Malivel, de l’architecte James Bouillé et du peintre René-Yves Creston, cette dynamique artistique vise à renouveler l’art breton en retournant aux sources de l’histoire de la Bretagne. Le constat était clair : les statues en bois polychrome, typiques de l’art sacré breton, sont alors remplacées dans les églises par des statues modernes sans personnalité ni âme, les dérives folkloriques en font même oublier l’identité et l’Histoire bretonnes.

Le nom de l’association est choisi en référence à un conte en gallo (probablement dans le pays rennais), collecté par Jeanne Malivel, Ar Seiz Breur (les sept frères). Les trois artistes sont rapidement rejoints par d’autres grands noms de l’art breton, comme la céramiste Suzanne Candré, le sculpteur Georges Robin ou encore l’ébéniste Gaston Sébilleau. L’objectif, à court terme, est de participer à l’Exposition internationale des Arts décoratifs de 1925 à Paris : non seulement le groupe arrive à produire, en un temps record, un ensemble varié d’œuvres bretonnes, mais réussit à se voir attribuer la médaille d’or du Jury de l’exposition.

Malheureusement, Jeanne Malivel rend son âme à Dieu le 2 Septembre 1926, à l’âge de 31 ans. L’association est alors reprise par René-Yves Creston et son épouse, qui lance à la fin de 1927 la revue Kornog : dastumadenn trimiziek skeudennet Arzou Breiz (Occident : revue trimestrielle illustrée des arts de Bretagne). Les œuvres continuent de se multiplier, et de nouveaux artistes continuent de rejoindre l’association, comme le dessinateur Herry Caouissin, le peintre Xavier de Langlais, l’illustrateur Xavier Haas ou encore l’écrivain Octave-Louis Aubert. La revue Kornog évolue en 1931, et devient Keltia : l’héritage celte y est de plus en plus présent, tout comme dans les œuvres réalisées.

S’il a de multiples sources d’inspirations, le mouvement des Seiz Breur s’inscrit majoritairement dans la dynamique de l’Art Déco, né au lendemain de la Première Guerre Mondiale. L’Art revient à une certaine rigueur classique, avec un style très géométrique et coloré, aux fins purement décoratives. Toutefois, le mouvement des Seiz Breur étant particulièrement éclectique, certains artistes conservèrent leur style propre, sans suivre cette dynamique artistique.

En 1937, le Comité d’organisation de l’Exposition Universelle accepte la création d’un Pavillon de Bretagne, où  le secrétariat général est assuré par René-Yves Creston, soutenus par de nombreux membres des Seiz Breur. Toutefois, la guerre éclate deux ans plus tard : le mouvement culturel breton est divisé, malgré l’entrée en résistance de grands noms comme René-Yves Creston, Gaston Sébilleau ou André Batillat. En 1940, l’association publie un manifeste en 13 points, visant à esquisser « un projet général définitif de statut culturel pour la Bretagne », qui servira de base de réflexion pour la création de l’Institut Celtique, en 1942.

Entré rapidement en résistance, René-Yves Creston laisse sa place en 1944 à Xavier de Langlais en tant que Président. Toutefois, au lendemain de la Libération, le groupe se retrouve pris dans la tourmente du milieu culturel breton, qui a été entaché par la collaboration. L’association est alors dissoute en 1948.

Si le mouvement des Seiz Breur n’était pas à proprement parlé catholique (certains ont même plutôt penché vers le druidisme et le paganisme), certains artistes des Seiz Breur ont pu apporter de splendides œuvres à l’art sacré breton, comme Xavier de Langlais (Chemins de Croix, Tableaux de Missions, etc…), Xavier Haas (Gravures sur les Saints de Bretagne, la bannière de Gildwen, etc…), l’architecte James Bouillé (chapelle des aviateurs de l’Île Tristan, chapelle de Koat-Keo à Scrignac, etc…) ou encore le sculpteur Jules-Charles Le Bozec, qui réalise de nombreux bas-reliefs pour les autels bretons, la statue de Notre Dame de Kerdro à Locmariaquer et bien d’autres sculptures dans nos églises bretonnes.

Ces artistes chrétiens se réunirent, au sein de l’atelier breton d’art chrétien, Strollad an Droellen (la spirale), à partir de 1929, autour de James Bouillé. Ces artistes participèrent également à la construction et la décoration de la chapelle de l’Institution Saint Joseph de Lannion, de 1935 à 1939. L’atelier fermera malheureusement ses portes suite au décès de son fondateur James Bouillé, le 22 Juin 1945.

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