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Patrimoine

Armand de la Rouërie et l’Association bretonne

Cet article est tiré du n°14 – La Chouannerie, à commander via notre boutique.

Il est impossible d’évoquer l’Histoire de la Chouannerie sans s’attarder sur la personnalité atypique et singulière du Colonel Armand, de son nom complet Armand-Charles Tuffin, marquis de la Rouërie. S’il n’a pu voir les grandes heures de la chouannerie et n’a jamais pris de part militaire active au soulèvement breton, il a eu un rôle clé dans l’organisation qui servirait de base à la chouannerie, mais formera également certains des futurs chefs chouans, à commencer par Jean Chouan, le mayennais.

Armand de la Rouërie est né le 13 Avril 1751 au château de la Rouërie, près de Fougères. Orphelin de père à 3 ans, il est l’aîné de quatre enfants, et se prédestine donc au métier des armes – éducation que sa mère complètera par un apprentissage intensive des langues, dont l’anglais et l’allemand. Enseigne au Régiment des Gardes Françaises à partir de 1766, il est rapidement nommé officier à 22 ans. Toutefois, son tempérament impétueux lui porte préjudice et, après avoir bravé l’interdit royal sur les duels en blessant l’ami du Roi le Comte de Bourbon Busset pour une cuisson de son poulet, il part quelques temps en exil à Genève et, après avoir obtenu la grâce du Roi, revient finalement sur ses terres bretonnes.

Devenu franc-maçon entre temps, il entend rapidement parler du début de la révolte des colonies américaines et part soutenir cette cause qu’il estime juste. Reçu au Congrès à Philadelphie, il se met au service de l’armée américaine en déclarant qu’il ne veut être connu ni par son titre, ni par son nom de famille. Il s’y engage donc sous le nom d’Armand-Charles, reçoit le 10 Mai 1777 le brevet de Colonel et se fait rapidement connaître sous le nom de « Colonel Armand ». Il se distingue notamment en prenant la tête de la I°Légion de dragons, et participe activement à la bataille de Yorktown.

Il repartira en Bretagne en  1784 avec le grade de Brigadier-Général de l’armée américaine, décoré de l’ordre de Cincinnatus et de la Croix de Saint Louis. Opposé à l’absolutisme royal français, il défend le Parlement breton et se retrouve même momentanément enfermé à la Bastille le 14 Juillet 1788. Relâché quelques temps plus tard, il voit d’abord avec joie les premiers signes de la Révolution française, mais est tout de suite déçu par l’abolition des libertés bretonnes, et la radicalité des révolutionnaires. La Constitution Civile du Clergé finit de le convaincre que la révolution est une impasse, et que l’espoir breton réside dans la Monarchie.

C’est ainsi qu’en Juin 1791, il fonde l’Association bretonne, avec le premier manifeste suivant : « L’objet de l’association est de contribuer essentiellement et par les moyens les plus doux au retour de la monarchie, au salut des droits de la province, celui des propriétés et l’honneur breton ». Cette Association est alors soutenue par le Comte d’Artois (frère de Louis XVI) et le Comte de Provence (futur Louis XVIII), et sera rapidement complétée par l’arrivée de nombreux nobles – futurs chefs chouans : Louis de La Haye-Saint-Hilaire, Aimé Picquet du Boisguy, Toussaint du Breil de Pontbriand, etc….

Armand de la Rouërie exprimait son objectif simplement : « Bretons, mes chers amis, je veux vous aider à recouvrer vous-mêmes les anciennes franchises et les anciens droits qui étaient le rempart le plus solide de votre liberté politique et religieuse, comme le plus sûr garant de votre paix intérieure et de la prospérité qu’elle produit »

Aidé dans sa tâche par sa cousine Thérèse de Moelien, Armand de la Rouërie monte un réseau complet de correspondants par ville et par paroisse. Il fut toutefois trahi par son ami Valentin Chevetel, devenu révolutionnaire sous le surnom de Latouche. Traqué et malade, il rendra son âme à Dieu le 30 Janvier 1793.

Thérèse de Moelien ayant eu le temps de brûler les papiers avec les noms de la plupart des conjurés, seule une poignée de bretons sont arrêtés, et sont exécutés le 18 Juin 1793. C’est la fin de l’Association bretonne, mais celle-ci aura posé toutes les bases nécessaires à l’insurrection chouanne.

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