Lectures

Coeurs de Breizh

Cet article est tiré de notre numéro 15 – l’art sacré breton, à commander sur notre boutique.

« La Bretagne, c’est cette longue et glorieuse histoire — mais c’est autre chose encore—car si c’était cela seulement, ce ne serait peut-être pas suffisant pour expliquer l’attachement passionné que lui portent ses fils, et non seulement ses fils d’origine, mais bien d’autres qui, pris par son charme, se donnent à elle de tout coeur et méritent assurément des lettres de grande naturalisation. »[1]

Les ouvrages sur l’Histoire de la Bretagne ne manquent pas. L’immense majorité d’entre eux décrivent, avec précision et objectivité, les grands faits, les victoires et les défaites, les joies et les malheurs qui façonnèrent pendant près de 15 siècles l’Histoire bretonne. L’intérêt principal de cet exercice d’historien réside justement en cette neutralité qui servira de base à l’analyse du lecteur, lui permettant une bonne appréhension des différentes dynamiques sociales et politiques au cours des siècles.

Sylvain Le Bail, dans son ouvrage Cœurs de Breizh, prend le parfait contrepieds de cette narration d’historien universitaire, en ancrant son récit dans son propre arbre généalogique breton.  Remontant jusqu’au début du XIX°Siècle, l’auteur livre ici, par une plume très accessible, un récit familial qui traversera ainsi tous les bouleversements sociaux des XIX° et XX°Siècles. De la construction du canal de Nantes à Brest à la crise des fermes de 1920 en passant par la situation sanitaire des populations rurales du début du XIX°Siècle ou les mobilisations pour la Première Guerre Mondiale, le récit nous plonge dans la réalité bretonne où les aléas climatiques et difficultés financières s’entremêlent aux joies simples et à l’entraide de tout un peuple.

Peuple breton qui connaîtra, au début du XX°Siècle, de grandes vagues de départs pour d’autres régions en France, à commencer par le Périgord où la famille Le Bail s’en ira. Et c’est toute la particularité de l’ouvrage : il décrit non plus les évènements de Bretagne, mais la vie de ces bretons exilés, de ces « bretons d’origines » et de ces prêtres qui les accompagnèrent comme l’Abbé Lanchès ou l’Abbé Mévellec.

Que ceux qui abhorrent les romans historiques soient toutefois rassurés : l’ouvrage reste riche en détails historiques, en documents et photographies d’époque. Mais l’ensemble de ces pages décrivent parfaitement ce qu’Arthur de la Borderie définissait comme « l’attachement passionné de ses fils », au-delà des frontières et des kilomètres. La Bretagne est bien plus qu’une histoire, c’est un héritage faits d’une multitude de traditions, coutumes, de peines et de joies, de prières et de saints, que nous sommes appelés à perpétuer et transmettre aux jeunes générations bretonnes : « C’est que la Bretagne n’est pas seulement une langue, un caractère, un peuple, une histoire : la Bretagne, en outre, est une poésie. Une poésie dans le présent comme dans le passé. »1


[1] Leçon d’ouverture du cours d’histoire de Bretagne, professé à la Faculté des Lettres de Rennes (4 décembre 1890), Arthur de la Borderie

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