Justice et légalité
Bretons dans la Cité

Justice et légalité

Depuis maintenant un certain nombre d’années, les faits divers et les drames s’ancrent durablement dans notre quotidien, avec en toile de fond la problématique de la Justice au sein de l’Etat, c’est-à-dire l’application de la norme légale comme garante de la sécurité de la communauté. Si la Justice reste un terme polysémique en fonction de son référentiel (philosophique, moral, systémique ou normatif), il paraît essentiel aujourd’hui de s’interroger sur son rôle dans une Société tournée vers le Bien Commun, et les conséquences de son apparente décrépitude actuelle.

Aujourd’hui, la vision prépondérante de la notion de Justice reste purement contractualiste : le respect des lois est induit non pas par la pertinence morale des règles, mais par la définition préalable d’une norme applicable à l’ensemble des citoyens d’un Etat, comme protection garantie par l’Etat. Cette vision se résume en Droit par l’adage de Saint Thomas d’Aquin « Justitia est constans et perpetua voluntas jus suum cuique tribuendi » [1](« La justice consiste en la volonté constante et continuelle de donner à chacun son droit »), volonté institutionnalisée  et capable d’assurer, par la force légale, l’application de ce droit. Cette notion de Force est complémentaire à la Justice, pour trouver ce juste équilibre entre le laxisme et la tyrannie, entre l’inapplicabilité des justes décisions et l’application d’injustes décisions, selon l’adage de Pascal « La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique ».

Cette vision contractualiste de la Justice a notamment été développée chez certains philosophes célèbres, comme Hobbes (Léviathan) ou encore Max Weber. Celui-ci développait d’ailleurs le concept politique de violence légitime de la part de l’Etat, seul habilité à utiliser cette force physique pour l’application des règles qu’il a établi. C’est pour cette raison que la justice privée, c’est-à-dire « le droit de se faire justice soi-même » par défaillance de la justice publique, est aujourd’hui condamnée par l’Etat, même si elle peut paraître « juste » de prime abord : c’est par exemple le cas du père de famille de Roanne qui, fin Octobre, suite à l’agression de sa fille de 6 ans, a frappé le responsable. Aujourd’hui poursuivi par le Procureur de la République, le père de famille a implicitement pris acte de la défaillance de la « justice publique » dans l’application de la Loi. Et cette décision tend aujourd’hui à se développer en France : dans un sondage IFOP du 24 Juillet 2022, plus de 73% des français estiment que la « justice fonctionne mal ou très mal », un chiffre qui n’a jamais été aussi haut depuis 60 ans… Et 65% de ces sondés estiment que les « juges ne sont pas assez sévères ». En l’absence de prise de conscience étatique, il y a donc de fortes probabilités que ces actes de justice privée se multiplient malheureusement.

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[1] Saint-Thomas d’Aquin, Somme théologique, livre II, 58, 1

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