Bretons dans la Cité

La famille, socle de la Politique naturelle

Cet article est extrait du numéro 18 de Kroaz ar Vretoned – « la Famille, un sanctuaire à protéger » :

La notion de « Politique Naturelle » peut paraître un peu pompeux et complexe, mais elle peut se résumer simplement à un point précis : sur quel socle social, humain et philosophique repose l’ensemble de l’édifice politique ? Sur quelles lois « naturelles », c’est-à-dire ancrées dans la nature même de l’homme, repose l’édifice politique ?

Le sociologue Frédéric Le Play écrivait en 1881 dans la Constitution essentielle de l’humanité : « Au sortir de son enveloppe natale, le petit de l’abeille, guidé par l’instinct, prend son vol et entreprend sans hésitation la récolte nécessaire à la communauté. Il n’en est pas de même pour l’homme. L’enfant reste longtemps incapable de subvenir à ses propres besoins. Il n’est pas seulement inutile à sa famille ; il est à la fois une charge et une gêne pour sa communauté naturelle : car il y apporte, dès sa naissance, des ferments d’indiscipline et de révolte. ».

En premier lieu, ce nouveau-né est donc accueilli, nourri, choyé dans la première cellule familiale : il y est gratuitement protégé et éduqué sans aucune réciprocité. Sa faiblesse, propre à son état, induit une dépendance à l’autre, pour son propre bonheur.

En grandissant, cet enfant se forgera sa propre raison et volonté mais restera toujours dépendant des bienfaits sans réciprocité de ces cercles, familles, communautés et in fine, Etat, c’est-à-dire le plus vaste cercle qui reste concret, accessible et pertinent. Il n’y a donc pas d’égalité « naturelle » dans ce rapport à l’autre, mais bien une « inégalité protectrice » : l’égalité « par essence » n’est par conséquent pas intrinsèquement un idéal sain, et pourrait être catastrophique si elle était appliquée unilatéralement, comme on peut le voir parfois aujourd’hui.

Et cette « inégalité protectrice » au niveau social n’est rendu possible qu’avec l’indispensable « égalité en dignité », comme le rappelle le Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise « Seule la reconnaissance de la dignité humaine peut rendre possible la croissance commune et personnelle de tous »[1]. Cette dépendance relative du plus faible n’est, in fine, qu’un appel au développement de la subsidiarité, c’est-à-dire au rôle de soutien du cercle plus large jusqu’à l’épanouissement et l’autonomie même de l’individu ou, dans le cadre étatique, du cercle plus restreint. En clair, c’est une dénonciation par l’exemple de l’individualisme libéral, qui tendrait à rendre l’individu auto-suffisant, en souhaitant gommer cette interdépendance pour y consacrer un consumérisme nihiliste.

Ce qui nous mène au second point : le nouveau-né n’a pas de volonté, morale, éthique, choix politique ou action spécifique. Il n’est que l’expression de ses besoins primaires, et sera dès lors soumis à l’autorité bienveillante, mais ferme, du cercle familial en compensation de sa protection et sustentation. Il n’y est donc pas ici question d’égalité entre le cercle et l’individu, ou de liberté innée et totale qui serait propre à la nature humaine : le nouveau-né, l’enfant, n’est pas « libre et l’égal en droits » de l’adulte accompli, contrairement à l’idée rousseauiste et ce, pour son propre bien. On peut, par exemple, penser aux droits de vote, de conduite, de travailler, etc…

Et tout en se sensibilisant à cet Ordre naturel, base de cet esprit social que certains résument sous l’insipide vocable « vivre-ensemble », le jeune enfant voit ses libertés se développer en lien avec ses capacités et, plus encore, avec ses responsabilités. C’est toute la pensée de Saint Augustin ou Saint Thomas d’Aquin qui, reprenant Platon notamment, développait cet axiome « est libre celui-ci qui, grâce au savoir du bien humain, est maître de lui-même ». Cette Loi naturelle, complété par la subsidiarité, est de fait en complète opposition avec le Libéralisme politique et économique, qui tend à affranchir les cercles inférieurs du soutien et ordre des cercles supérieurs, poussant l’individu à l’isolement et donc à la fragilité et à l’avilissement (cf. fable des abeilles de Mandeville). La liberté totale étant fixée sur l’individu en tant qu’entité finie, sa responsabilité – morale, politique, sociale ou même légale – devant à tout prix être gommée, pourquoi tendre au « meilleur », à la vertu et à l’éthique contraignantes ? Une nouvelle fois, c’est ce que l’on voit tous les jours en France.

Enfin, le jeune breton, le jeune français s’inscrit dans un héritage particulier : il a, sans le savoir ni le comprendre sur le moment, la responsabilité de perpétuer ce magnifique patrimoine, de l’embellir, de le compléter si besoin. En clair, il reçoit un bouquet qu’il devra compléter avant de le transmettre à son tour aux jeunes générations suivantes.

C’est cet héritage qui l’inclut dans un Tout plus grand, une Patrie, et qui pousse à l’édification sociale, et non un pseudo-contrat social qui, du jour au lendemain, ferait passer l’homme de son état naturel (bon selon Rousseau) à un état social contractualisé. En se basant sur l’analogie de l’abeille de Le Play, c’est se tromper non seulement dans le postulat initial, mais également dans l’analyse qui en découle : non seulement l’individu s’élève par les inégalités protectrices, par cette dépendance bienfaitrice et saine subsidiarité, mais ce nouveau français s’inscrit dans une dynamique nationale par l’appréhension des contraintes édificatrices et surtout par l’héritage transmis selon la Tradition, posant ainsi les bases du « devoir d’héritier » de chaque français, de chaque breton.

Dans cet ensemble social, la famille apparait donc comme un élément essentiel de l’édifice politique : première cellule où la jeune génération s’épanouit, la famille a la lourde responsabilité d’en faire un vrai citoyen – dans le bon sens du terme – et un adulte accompli. C’est pour cette raison que la famille repose sur un sacrement essentiel, le mariage. Socle de la famille, socle du couple, engagements forts des époux, il a cette double responsabilité d’assurer la stabilité familiale et la protection des jeunes enfants. C’est en ce sens que la défense de la famille, de l’éducation parentale, ne peut être séparée de la défense du mariage et de sa place essentielle dans l’édifice social.


[1] Point 145 du Compendium

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