Editorial

L’art breton, l’art d’un peuple

Voici l’éditorial de notre dernier numéro – Kroaz ar Vretoned n°15 sur l’Art sacré breton, à commander sur notre boutique :

« L’art breton n’est que celui du peuple. […] Populaire, paysan, cet art est en outre, sinon exclusivement, du moins principalement, un art religieux. Il montre d’autant plus de force et d’activité que le sentiment paroissial s’avère plus ardent »[1]

En posant ces quelques mots sur l’art breton, Henri Waquet – archiviste du Finistère pendant plus de 20 ans au début du XX°Siècle – soulignait non seulement la richesse de l’art breton, mais surtout sa singularité, comme un reflet unique de l’âme d’un peuple, dans son apparente rusticité emplie de nuances.

Cet art breton brille d’abord par sa simplicité, son accessibilité au plus grand nombre et l’absence de fioritures : l’ouvrier breton (« celui qui fait l’œuvre » à l’époque), s’il a été formé aux différentes écoles d’art, n’en n’oublie pas son attachement au réel, à l’appréhension de l’œuvre par le plus grand nombre, à l’enracinement de son travail dans le quotidien breton. En effet, à quoi servirait une œuvre que seule une poignée « d’élites auto-proclamées » pourraient comprendre ? Et c’est malheureusement l’un des travers actuels d’une partie des courants artistiques contemporains, où l’œuvre elle-même ne peut être appréhendée sans clé de lecture, excluant d’office l’observateur non averti ou non guidé.

Chapelle Sainte Noyale – Noyal-Pontivy

Mais cette apparente simplicité de l’art breton est intrinsèquement liée à l’anonymat des artistes qui, dans l’immense majorité des cas, ne signent pas leurs œuvres. Hormis quelques cas rares aux XIV° et XV Siècles, l’artiste breton reste anonyme, au service de sa paroisse et de sa chapelle, pour y faire resplendir – le mieux possible – la vie du saint local, la Très Sainte Vierge Marie ou la Sainte Trinité. Hérésie pour nombre d’artistes actuels, où leur nom vaut plus que l’œuvre réalisée !

Enfin, cet art breton reste le plus beau témoin du lien consubstantiel entre la Bretagne et la Foi catholique, dans sa construction et dans son identité. Que ce soit dans le polychrome du Jubé du Faouët, dans la finesse des lambris peints de la Chapelle Notre-Dame du Tertre de Châtelaudren ou encore dans les détails de la statue de la Trinité du Psautier du porche de l’église Saint Hilaire de Clohars-Fouesnant, c’est la dévotion de tout un peuple qui a servi de moteur artistique pendant des siècles.

Faisons donc connaître cet art breton malheureusement trop méconnu, redorons son blason parfois trop rapidement présenté comme « rude, simpliste », pour sensibiliser les jeunes générations bretonnes aux richesses de notre patrimoine, et rappeler que « Feiz ha Breizh » n’est pas un simple slogan mais bien un résumé clair de l’identité même de notre Bretagne, qui s’exprime d’une manière toute particulière par son art sacré.


[1] L’Art Breton, 1933, Henri Waquet, Editions Arthaud

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