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Patrimoine

Les représentations de la Sainte Vierge couchée en Bretagne

Cet article est extrait du numéro 18 de Kroaz ar Vretoned – « la Famille, un sanctuaire à protéger » :

Les représentations de la Sainte Vierge sont innombrables, et datent du début même du Christianisme. La grossesse de la Sainte Vierge a également été représentée dans l’Histoire, que ce soit par des statues, des peintures ou encore des vitraux. Toutefois, face à des risques de dérives, plusieurs décrets furent publiés à la suite du Concile de Trente, vers 1563 : ainsi, la représentation de la Sainte Vierge enceinte, parfois invoquée sous le vocable de Notre Dame de l’Avent, Vierge de l’attente, Notre Dame la Blanche ou encore la Vierge à l’enfantement, s’est-elle faite un peu plus rare dans l’histoire artistique après ces décrets : « Le saint Concile […] veut qu’on évite toute impureté, qu’on ne donne pas aux images des attraits provocants ». 

En Bretagne, il reste plusieurs représentations de la Sainte Vierge enceinte (Virgo paritura), comme celle de l’église Sainte Thumette de Plomeur (29), de la Sainte Vierge couchée comme celles de la chapelle de Kergrist en Plounez, de la chapelle du Yaudet à Ploulec’h (22) ou encore celle de la Chapelle Notre Dame du Guiaudet à Lanrivain. Cette représentation atypique de la Sainte Vierge eut une influence particulière sur la dévotion locale, comme par exemple près de Ploulec’h : « On eut dans tout le pays du Trécor, jusqu’aux monts du Ménez et aux montagnes d’Arrhée, un culte tout spécial de tendresse pour la Sainte Vierge, et le culte de la Sainte Vierge couchée du Yaudet s’étendit bientôt sur tout la zone du Trécor et même jusqu’aux bords de l’Odet, de Quimper et à Douarnenez ».[1] D’autres représentations de la Sainte Vierge enceinte ou couchée peuvent se retrouver en Bretagne, comme sur le Calvaire de Tronöen, sur le tympan du porche de la Basilique du Folgoët ou encore sur le tympan du porche de l’église Saint Salomon à la Martyre (29).

Dans certaines relectures modernes, certains auteurs ont pu rapprocher ces représentations des anciens cultes celtes ; Or, rien n’est plus faux. Non seulement c’est ignorer les autres représentations de la Sainte Vierge parituriente dans le reste de l’Occident au même moment, mais surtout ignorer la place toute particulière de la Sainte Vierge dans la dévotion populaire bretonne au XV et XVI°siècle, à commencer par le développement du pèlerinage à Notre Dame de la Délivrance, à Quintin (22). En Janvier 1600, un terrible incendie y ravagea tout le trésor de la Basilique, à l’exception de la ceinture de la Sainte Vierge.

Une belle représentation de la grossesse de la Sainte Vierge à méditer pendant ce temps de l’Avent, en reprenant si besoin le magnifique Introït : Rorate cæli desuper, et nubes pluant iustum : aperiatur terra, et germinet salvatorem (« Cieux, répandez d’en haut votre rosée, et que les nues fassent pleuvoir le Juste : que la terre s’ouvre et qu’elle enfante le Sauveur »).


[1] Le Yaudet, Abbé Le Clec’h, 1956

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