Famille
Editorial

Noël, à l’école de la Providence

Voici l’éditorial de notre dernier numéro Kroaz ar Vretoned n°18 – « La Famille, un sanctuaire à protéger », à commander sur notre boutique.

En cette période toute particulière de l’Avent, la Bretagne fourmille de splendides cantiques à entonner, des plus connus Pe trouz war an douar (Quel bruit sur terre), Jezuz krouedur (Enfant Jésus) ou Kanam Noël (Chantons Noël), aux plus méconnus mais tout aussi beaux Anjelus amzer Nedeleg (Angelus pour le temps de l’Avent et de Noël) ou encore Diskennnit euz an neñvou (Descendez du Ciel). L’une des particularités de plusieurs de ces cantiques reste de s’attarder, quelques couplets durant, sur les sentiments particuliers de la Sainte Vierge et de Saint Joseph à l’approche de la naissance : « Kalon en dud, én amzér-hont, e oé kalet ha divergont, hag en noz-sé, allas, allas, ho Mamm er Werhiéz e ouélas ! Kaer hé des mond ha mond dré gêr, hani ne venn hé dégemér : eid lakad ér bed er Mesi, ne gav ‘meid ur hoh marchaosi ». (Le cœur des gens, en ce temps-là, était dur et sans vergogne, et cette nuit-là, hélas, hélas, ta Mère, la Vierge, a pleuré ! Elle a beau aller et venir dans le village, personne ne veut l’accueillir : pour mettre au monde le Messie, elle ne trouve qu’une misérable écurie).

En se mettant juste quelques instants à la place de la Sainte Vierge et de Saint Joseph, quelle épreuve à traverser ! Saint Joseph, avec une épouse prête à accoucher, dans l’incapacité totale non seulement à la faire accoucher dans de saines conditions, mais obligé d’accueillir le Messie, le Sauveur du Monde, dans le creux d’une mangeoire. Et cette humilité de Saint Joseph, cette confiance dans la Providence, résonnent aujourd’hui tout particulièrement : est-ce que la situation de l’Eglise est-elle pire qu’à cette époque ? Bien évidemment que non. Elle ne tenait, in fine, qu’aux souffles protecteurs d’un âne et d’un bœuf. Aujourd’hui, même si elle est parfois complexe et pleine de difficultés, la vie de l’Eglise fourmille de belles initiatives, de grandes grâces et de victoires, silencieuses peut-être, mais néanmoins essentielles. Noël, c’est ainsi se rappeler que l’Eglise est sainte, qu’elle est l’épouse du Christ et qu’il veille sur Elle, même dans les petits actes du quotidien.

Noël, c’est également un instant tout particulier où la Vie, en la personne de Jésus Christ, a traversé toutes les épreuves et déroutes, pour pouvoir naître et simplement vivre. Du « fiat » de l’Annonciation à la naissance du Christ, c’est un beau chemin d’abandon et d’accueil de la Vie qui est appelé à être médité pendant l’Avent, à l’école de la Sainte Vierge Marie et de Saint Joseph. Plus largement même, c’est la question de l’attention de la société elle-même aux besoins des plus faibles, des plus démunis, qui peut se poser : le rejet de la population de Nazareth pour cette Vie à naître ne trouve-t-il pas un écho particulier dans l’actuel rejet de la Vie ?

Enfin Noël, en Bretagne, a toujours eu une place toute particulière : événement familial par excellence, il a toujours été accompagné par l’attention aux plus nécessiteux, avec par exemple la tradition de la place du pauvre, les Kouignou Pellgent (Gâteaux de la Messe de Noël) que l’on partageait, ou encore les petits chanteurs de Noël qui égayaient les rues de nos villages bretons. Aujourd’hui, si la « Fraternité » a été érigée en idéal et leitmotiv dans les discours, elle ne l’est malheureusement plus dans les actes, dans ces petites marques de « charité » qui permettaient, un temps durant, de pouvoir oublier les tracas du quotidien. Cette place du pauvre était une belle réponse de la Providence aux nécessiteux, aujourd’hui partiellement assurée par des associations comme le Secours catholique ou les Restos du Cœur : a-t-on vraiment gagné au change ?

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