Autel justice
Bretons dans la Cité

Préserver le sacré

Cet article est tiré de notre numéro 17 – Saints et Saintes de Bretagne, via notre boutique.

Le Jeudi 13 Octobre dernier, la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a condamné la France pour une peine prononcée en 2017 suite à l’exhibition d’une militante féministe, dans l’église de la Madeleine en décembre 2013. La militante avait procédé alors à un simulacre d’avortement près de l’autel et uriné sur les marches jouxtant l’autel, mais la CEDH a estimé que la condamnation française était « disproportionnée », « En l’espèce, l’action de la requérante […] avait pour seul objectif de contribuer au débat public sur les droits des femmes ». Vision particulière du débat donc à la CEDH, où l’argument intellectuel se jauge en foie de veau – ce qui nous fait alors relativiser la médiocrité de certains échanges politiques à l’Assemblée Nationale.

Au-delà de la mauvaise foi flagrante de cette décision, il y a d’abord le soufflet politique et juridique infligé à la France, en tant qu’Etat de droit. Ici, le jugement français n’est pas seulement balayé ou cassé, il est condamné : l’Etat de droit est remis en cause dans son fondement même, car c’est la Justice française qui devient dès lors coupable. S’il est possible parfois de voir des revirements entre requérants et accusés, il reste extrêmement rare de voir l’organe décisionnel lui-même être condamné pour avoir exercé son droit de Justice, en ses compétences et prérogatives premières.

La première des conséquences de cette décision européenne reste donc la fragilisation, profonde car devenue habituelle, de la force de la justice elle-même. C’est toute l’importance du principe d’équité et de respect, dans l’équilibre précaire des Règles de Droit. Bafoués par l’application hors-sol d’un Droit européen, il confirme cet adage qu’écrivait déjà Cicéron « summum ius, summa iniuria » (Droit extrême, suprême injustice). Si Montesquieu l’avait uniquement interprété dans son sens rigoriste (Traité de la théorie politique de 1748), l’adage reste vrai dans son côté laxiste et permissif.

Car c’est la seconde conséquence de cette injustice : protégés par un droit qui reconnaît, de facto, l’ignominie comme acceptable au sein même des édifices sacrés, les outrecuidants n’auront qu’une considération secondaire pour le droit français, secondaire également face au droit européen. Ce constat se confirme davantage chaque année, où le nombre de dégradations, atteintes aux églises et édifices religieux augmente continuellement, sans conséquences pour leurs auteurs. Face à cette dynamique, il n’est pas rare aujourd’hui de voir, lors des manifestations religieuses, de jeunes paroissiens organisés en services d’ordre pour protéger l’essentiel, à savoir la Sainte Hostie si elle est présente, les reliques de nos Saints et les fidèles. Si cette responsabilisation des paroissiens peut, d’un certain côté, être saluée, elle reste un palliatif imparfait à un Etat de Droit sans force face aux véhémences anti-chrétiennes, ce qui confirme l’aporie de Pascal : « La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La juste sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants. ».[1]


[1] Pascal, Pensées, 1669

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